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Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi
La France vieillit, l'Allemagne se fossilise. C'est un peu l'image que tout le monde a en tête lorsque l'on compare la démographie dans les deux pays. Avec un taux de fécondité de 1,36 enfant par femme, parmi les plus faibles d'Europe, l'Allemagne doit objectivement résoudre une équation des retraites autrement plus redoutable que celle de la France. La France, qui avec un taux de fécondité encore supérieur à 2 enfants par femme, renouvelle peu ou prou ses générations. Mais cette réalité en cache une autre totalement occultée dans le débat public : la France vit en fait un problème de dépendance globalement plus intense que l'Allemagne. Elle conjugue une explosion du nombre des baby-boomers en âge de prendre la retraite avec une croissance encore significative des moins de 20 ans? c'est-à-dire des jeunes dépendants. Ce n'est pas le cas de l'Allemagne.
Certes, le problème de la dépendance est plus aigu chez les seniors outre-Rhin : 2,9 cotisants potentiels pour un retraité potentiel contre 3,3 en France. Mais lorsque l'on élargit la problématique aux jeunes, le problème apparaît en définitive bien plus aigu de ce côté-ci du Rhin : 3,4 personnes en âge de travailler pour 1 jeune au lieu de 2,4 en France. Au total, on se retrouve avec un ratio de dépendance des inactifs potentiels (les moins de 20 ans et les plus de 65 ans) sur la population en âge de les subventionner, plus faible en France : 1,4 contre 1,6 en Allemagne. Et ce ratio s'est de surcroît plus fortement dégradé au cours des années de crise en France qu'en Allemagne. Voilà pour la photographie 2012. Mais le plus inquiétant c'est que se rapport n'est pas prêt de s'améliorer pour la France. L'écart avec l'Allemagne va encore s'accroître et culminera en 2020. Cela a bien évidement des répercussions sur les équilibres budgétaires : la politique familiale, de la petite enfance, l'éducation, la culture sont des postes plus difficilement ajustables ici que de l'autre côté du Rhin. Certes, l'avantage allemand ne peut être que temporaire? dans un monde fermé. Sauf que le monde est ouvert et les frontières aussi. Et l'Allemagne profite de sa position dominante au sein de l'Europe et de la zone euro en menant une politique d'immigration de grande ampleur pour pallier son déficit d'actifs / cotisants. Et après la vague des Turcs, des travailleurs de l'Est, l'immigration a pris une nouvelle tournure. Elle vise des personnels qualifiés dont l'économie allemande a besoin chez elle pour conserver ses positions. En 2012, l'Allemagne a accueilli plus de 1 million d'immigrés, dont près de 150 000 en provenance de l'Europe du Sud. Entre 2011 et 2012 l'immigration en provenance de Grèce a bondi de 42%, d'Italie 37%, d'Espagne 33%, du Portugal 22%. Des travailleurs qualifiés qui ont grandi et été formés dans leurs pays d'origine. Autrement dit, qui n'ont rien coûté à l'Allemagne. Et ironie de l'histoire, ces hommes et ses femmes vont chercher en Allemagne des emplois que la crise, que la crise de l'euro et la politique d'austérité imposée par Berlin, ne leur offre plus chez eux. Mais attention, pour beaucoup de nouveaux arrivants, l'immigration est vécue comme un exil. Autrement dit le balancier pourrait très vite repartir de l'autre côté et laisser l'Allemagne seule avec son problème démographique.
Alexandre Mirlicourtois, France-Allemagne : malus démographique, une vidéo Xerfi Canal
Publié le mardi 18 juin 2013 .
3 min. 40
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